campfire.express · Matapédia et Bas-du-Fleuve
Le feu d'hiver
Faire du feu dehors en janvier, avec du bois mouillé, des mains gourdes et un briquet qui gèle. Du premier copeau à la braise du matin, dans l'ordre où ça marche.
La règle des trois
Un feu ne se fait pas avec du bois. Il se fait avec trois tailles de bois, préparées avant la première étincelle.
- L'amadou, ce qui prend à la flamme d'un briquet : écorce de bouleau émiettée, coton gras, duvet de quenouille, copeaux fins. Une poignée pleine, pas une pincée.
- Le petit bois, du diamètre d'un crayon puis d'un doigt : une brassée, sèche, cassée à la bonne longueur. C'est lui qui manque toujours.
- Le bois, du poignet puis du bras, fendu. On ne le pose qu'une fois que le petit bois ronfle.
Tout est à portée de main avant d'allumer. En hiver on n'a pas deux chances : la première flamme meurt pendant qu'on cherche la brindille suivante.
Trouver du sec quand tout est mouillé
Il n'y a pas de bois sec dans une forêt de janvier. Il y a du bois dont l'intérieur est sec.
- L'écorce de bouleau brûle mouillée, grâce à ses huiles. Prélevée sur un arbre mort ou tombé, jamais en anneau sur un vivant.
- Le bois mort debout, encore accroché à son tronc ou appuyé contre un autre, a séché au vent. Ce qui est couché dans la neige est à écarter.
- Fendre, toujours : une bûche trempée a un cœur sec. On fend, on fend encore, jusqu'au bois clair.
- Les plumes de bois : avec un couteau, on soulève sur une baguette sèche des copeaux fins qui restent attachés. Une baguette plumée prend comme du papier.
- La résine d'épinette ou de sapin, les nœuds gras, les racines de pin : du combustible qui ne craint pas l'eau.
Cinq feux d'hiver
Chaque feu a un métier. On choisit le sien avant de poser la première branche.
La pyramide
Partir vite
L'amadou au centre, le petit bois en cône autour, le bois en cône par-dessus. Le feu monte au milieu et sèche ce qu'il touche. C'est le feu des mains froides.
Le feu en étoile
Économiser le bois
Cinq bûches comme les rayons d'une roue, les bouts dans la braise. On les pousse vers le centre à mesure qu'elles brûlent. Un feu de veille qui ne demande presque rien.
Le feu suédois
Cuisiner
Une bûche debout, fendue en croix sur les trois quarts de sa hauteur, le feu allumé dans les fentes par le haut. Elle brûle de l'intérieur et porte la casserole sur sa tête.
Le feu sur la neige
Ne pas couler
Un feu posé sur la neige la fait fondre et s'y noie. On bâtit d'abord un plancher de bois vert ou de pierres, et le feu vit dessus.
Le feu de longue nuit
Tenir jusqu'au matin
Deux grosses bûches parallèles, un espace d'une main entre elles, la braise dans l'espace. Elles se chauffent l'une l'autre pendant des heures. Le feu des nuits à moins trente.
Le briquet qui gèle
À moins vingt, un briquet au butane ne fait plus de flamme. Ce n'est pas lui qui est vide, c'est le froid qui l'étouffe.
- Le briquet se garde contre le corps, dans une poche intérieure, et se réchauffe dans la main fermée une minute avant de servir.
- La tige de ferrocérium, le « firesteel », ne gèle pas et marche mouillée : elle demande un amadou qui prend à l'étincelle, écorce de bouleau émiettée ou coton gras.
- Les allumettes se trempent dans la paraffine et se gardent dans une boîte étanche ; on les frotte sur un papier sablé collé dans le couvercle.
- Trois façons d'allumer dans trois poches différentes. Si une poche prend l'eau, il en reste deux.
La réserve de feu
Ce qui tient dans une boîte de la taille d'un livre et qui vaut une nuit. Cochez ce que vous avez, la page se souvient sur cet appareil.
Combien de bois pour la nuit
On sous-estime toujours. Le calcul est grossier, et il est plus juste que l'œil au crépuscule.
Les erreurs qui tuent
Le feu d'hiver ne pardonne pas ce que le feu d'été laisse passer.
- Un feu dans un abri fermé, grange, cabane, tente, voiture : le monoxyde de carbone n'a pas d'odeur et endort avant de tuer. Le feu reste dehors, ou devant une ouverture avec un courant d'air qui sort.
- Trop de bois trop tôt : on étouffe la flamme qu'on voulait nourrir. Le bois ne se pose que sur un feu qui ronfle.
- Le feu posé sur la neige : il creuse son trou, l'eau de fonte le noie, et il reste une fosse noire.
- Sécher ses bottes trop près : le cuir et le synthétique cuisent avant de sécher, et des pieds sans bottes à moins trente, c'est la fin de la sortie.
- Partir sans éteindre : on noie, on remue, on noie encore, jusqu'à ce que la main à plat sur la cendre ne sente plus rien.
La braise du matin
Un feu de longue nuit bien bâti ne demande qu'une visite vers deux heures, pour rapprocher les deux bûches. Au matin il reste une ligne de braise orange sous la cendre grise ; on souffle dessus, à plat, longuement, on pose une poignée de petit bois, et le feu repart sans briquet. Celui qui sait garder une braise n'a plus besoin d'en faire une : c'est la différence entre survivre une nuit et habiter l'hiver.